Lorsque je rejoignis mon régiment dans l'est de la France,
j'étais encore un petit jeune homme bien tranquille. Un jeune homme
bien ordinaire. Rien ne me prédestinait particulièrement à devenir
un résistant à la connerie militaire. Rien dans ma vie d'enfant, puis
d'adolescent, ne laissait augurer que j'allais devenir un rebelle violemment antimilitariste.(deuxieme partie : La Guerre)
Je rejoignais le peloton dit des brêles. Mais qu’est-ce qu’une
brêle dans le langage fleuri des militaires ? Le synonyme de brêle
pourrait se traduire par bon à rien. C’est celui qui n’a pas de diplôme !
Celui qui ne sait pas marcher au pas ! Ne sait pas tirer ! Confond culasse
et biroute ! Lâche la cuillère d’une grenade.... et demande naïvement à son
capitaine ce qu’il doit en faire ! S’endort lorsqu’il est de garde ! Tire sur
son adjudant au lieu de tirer sur l’ennemi ! Croit qu’en picolant, il verra des
petites femmes blondes dans les vapeurs de l’alcool ! Confond sa droite et sa gauche !
Salue le colonel en soulevant son calot et en lui donnant du “Bonjour, monsieur.” !
Bref, un bon à rien, un zigoto, un ostrogoth, un nul, un âne, une buse, un cornichon,
une andouille, un ballot, un vrai trou du cul ! Enfin, quoi, une brêle !(2.3 Mes premiers huits jours de prison)
Le capitaine arrivait toujours en retard, sur le coup de dix heures
du matin… titubant, sans que l'on sache vraiment s'il s'agissait des vapeurs
d'alcool du jour ou d'un restant de la veille. A ce tableau s'ajoutait la crasse.
Odeurs nauséabondes de celui qui ne s'est pas lavé depuis plusieurs jours. Ongles
sales. Tenue négligée. Enfin, il était d'une fainéantise monumentale. Il n'en
foutait pas une ramée, passant son temps entre le mess des officiers et son journal.
Sa flemmardise avait atteint un tel degré qu'on lui avait fabriqué un tampon portant
sa signature. Le poids du stylo devait être insoutenable ! Responsable des divers stocks
de la compagnie, en fait, c'est mes deux collègues et moi qui faisions tourner la boutique.(2.7 Première mutation disciplinaire)
La chaleur terrible, le soleil implacable. Il m’enveloppait, m’envahissait, s’insinuait sous ma peau…
J’étais devenu soleil !
Mes poumons se transformaient en forge démente. Des éclairs… et des flammes
jaillissaient de mes bronches. Le sang se mettait à bouillir… c’était terrifiant !
Les bras ballants, les bagnards courbaient la tête. La chaleur les mortifiait.
Nous étions au-delà de la sueur… Finie la goutte au bout du nez. Nous succombions
de déshydratation et de fatigue. Les taulards devenaient des automates… donnant quelques coups
de pioche dans un vide crépusculaire. De l’eau ! (3.3 Deuxieme mutation disciplinaire)
Les premiers jours, les premières semaines de mon retour
furent extrêmement pénibles. L’Algérie me collait aux basques.
J’avais du mal à retrouver ma verte Normandie. J’y étais physiquement...
mais mon esprit était resté là-bas dans les Aurès. Il fallait me réapproprier la civilisation...
et pour ce faire, il me fallait quitter la barbarie. Je me réveillais toutes les deux heures...
Peut-être pour aller monter la garde ? Mes nuits étaient peuplées de cauchemars plus horribles
les uns que les autres. Je me réveillais en sursaut, le corps dégoulinant de sueur… en tâtonnant,
je cherchais, dans le lit… ma mitraillette ! (4.1 Un retour difficile)
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